Crise de la chaussure à Elche et Elda : indicateurs financiers pour agir à temps

Escarpin à motifs sur fond bleu
En brefLa chaussure espagnole traverse un ajustement sévère : selon l’association des fabricants de composants AEC, à partir des données du DIRCE, le nombre de fabricants a reculé de 35 % entre 2020 et 2025. Pour une entreprise du secteur à Elche, Elda ou Petrer, agir à temps suppose de suivre régulièrement quelques indicateurs : trésorerie prévisionnelle, fonds de roulement, ancienneté des stocks, concentration des clients et des marchés, et capitaux propres. Si les signaux passent au rouge, un plan de viabilité permet de décider sur la base de données.

La chaussure et ses composants restent un marqueur de l’identité industrielle de la province d’Alicante, avec Elche, Elda, Petrer, Villena et Crevillent comme principaux pôles. Ces derniers mois, les associations professionnelles du secteur ont publiquement alerté sur la baisse de l’activité et de l’emploi. Dans cet article, nous ne parlons pas d’entreprises en particulier, mais du secteur dans son ensemble : ce que disent les données publiques, quels signaux financiers surveiller et quels outils existent avant que la situation ne devienne irréversible. Cette analyse fait partie de notre série sur les normes d’audit et la continuité d’exploitation.

Ce qui se passe dans la chaussure de la province d’Alicante

Les chiffres les plus cités proviennent de l’Association espagnole des entreprises de composants pour la chaussure et la maroquinerie (AEC), qui les a publiés en juin 2026 :

  • Entre 2020 et 2025, le nombre d’entreprises de fabrication de chaussures en Espagne est passé de 3 280 à 2 131, soit 35 % de moins, selon le répertoire central des entreprises (DIRCE). En 2025, 195 d’entre elles ont fermé.
  • La Communauté valencienne aurait perdu 37 % de son tissu d’entreprises de la chaussure sur cette période.
  • Selon l’AEC, l’indice de production industrielle de la chaussure a reculé de 9,2 % en 2025 et de 29,1 % en glissement annuel en avril 2026.

Ces chiffres émanent d’une association sectorielle et ont été relayés par la presse. D’autres publications fondées sur l’indice de production industrielle de l’INE (institut national de la statistique) pour l’agrégat cuir et chaussure donnent des pourcentages mensuels différents, car elles mesurent des agrégats différents. Pour une entreprise, ce qui compte n’est pas la décimale, mais la tendance : moins de production, davantage d’importations à bas prix et une chaîne de fournisseurs qui se resserre. Les organisations patronales FICE et AEC ont demandé au ministère de l’Industrie et du Tourisme un plan sectoriel de compétitivité.

S’y ajoute l’exposition aux marchés extérieurs. Une part importante du chiffre d’affaires à l’export du secteur est réalisée aux États-Unis, ce qui rend de nombreuses entreprises sensibles aux changements de droits de douane et au taux de change.

Signaux d’alerte dans le bilan et la trésorerie

La plupart des situations de crise n’apparaissent pas d’un coup : elles se lisent d’abord dans quelques indicateurs. Le tableau présente ceux que nous recommandons d’examiner au moins chaque trimestre.

Indicateur Ce qu’il mesure Signal d’alerte
Prévision de trésorerie à 13 semaines Capacité à faire face aux paiements à court terme Solde prévisionnel négatif sans financement confirmé
Fonds de roulement Actif courant moins passif courant Négatif ou en baisse continue
Délai moyen d’encaissement et de paiement Jours nécessaires pour encaisser et pour payer Encaissements qui s’allongent et paiement des fournisseurs au-delà des délais légaux
Ancienneté des stocks Poids des produits des saisons précédentes Stock de deux saisons ou plus sans plan d’écoulement
Concentration des clients et des marchés Dépendance à l’égard de quelques acheteurs ou pays Un client ou un marché au-delà d’un tiers des ventes
Dette financière nette / excédent brut d’exploitation Années nécessaires pour rembourser la dette Ratio en hausse ou résultat d’exploitation négatif
Capitaux propres par rapport au capital social Solvabilité et risque en droit des sociétés Capitaux propres inférieurs à la moitié du capital social

Les seuils sont indicatifs et doivent être adaptés à chaque entreprise. Le dernier indicateur mérite une attention particulière : des pertes qui ramènent les capitaux propres en dessous de la moitié du capital social constituent une cause de dissolution selon la loi espagnole sur les sociétés de capitaux (LSC), avec des obligations pour les administrateurs et des délais précis.

Stocks et mode : le risque d’évaluation

Dans la chaussure, les stocks sont à la fois le principal actif courant et le principal risque. Le plan comptable général espagnol (PGC) impose d’évaluer les stocks à leur coût et de comptabiliser une dépréciation lorsque leur valeur nette de réalisation est inférieure. Un modèle d’une saison passée peut valoir sur le marché bien moins que son coût de fabrication.

Ne pas comptabiliser cette dépréciation à temps a deux effets : les comptes affichent des capitaux propres qui n’existent pas et la direction prend des décisions sur la base de données optimistes. C’est aussi l’un des points que l’auditeur examine avec le plus d’attention dans une entreprise du secteur, avec la séparation des exercices et les retours clients.

Du plan de viabilité à la restructuration

Lorsque les signaux apparaissent, l’outil de base est un plan de viabilité : un document qui part de la situation réelle, fixe des hypothèses raisonnables de ventes, de marges et de coûts, et conclut si l’entreprise peut faire face à ses dettes, avec quelles mesures et dans quel délai. Il sert à négocier avec les banques et les fournisseurs, à informer les associés et à prendre des décisions sur la production, les effectifs ou la gamme de produits.

Si la situation est plus grave, la loi 16/2022, qui a réformé le texte refondu de la loi espagnole sur l’insolvabilité (TRLC), permet d’agir avant la procédure d’insolvabilité (concurso de acreedores) : notifier au tribunal l’ouverture de négociations avec les créanciers ou négocier un plan de restructuration, y compris lorsqu’il n’existe qu’une probabilité d’insolvabilité. Elle prévoit également une procédure spéciale pour les microentreprises. Le débiteur doit en tout état de cause demander l’ouverture de la procédure d’insolvabilité dans les deux mois suivant le moment où il a eu ou aurait dû avoir connaissance de son insolvabilité actuelle. Ces décisions exigent un conseil juridique, et le plan économique en est le fondement.

Un bon plan de viabilité facilite aussi l’audit. Comme nous l’expliquons dans notre article sur la NIA-ES 570 et la continuité d’exploitation, l’auditeur évalue l’appréciation par la direction de la capacité de l’entreprise à poursuivre son exploitation, et des prévisions documentées lui permettent de le faire sur des bases solides.

Cessions et évaluations dans un secteur en ajustement

Les périodes d’ajustement génèrent aussi des opérations : rapprochements entre entreprises complémentaires, cession d’unités de production, entrée d’investisseurs ou transmission dans les entreprises familiales. Dans tous les cas, il est essentiel de connaître la valeur réelle de l’activité et ses risques. Une évaluation d’entreprise indépendante et une due diligence financière aident l’acheteur et le vendeur à négocier sur des données vérifiées, en particulier en ce qui concerne les stocks, les clients et les risques sociaux.

Et lorsque le conflit arrive devant les tribunaux, par exemple dans des litiges entre associés ou dans une procédure d’insolvabilité, l’expertise judiciaire économique permet de chiffrer des préjudices ou d’analyser l’évolution patrimoniale de la société.

Questions fréquentes

À quelle fréquence faut-il examiner ces indicateurs ?

La prévision de trésorerie, au moins chaque mois, et chaque semaine en cas de tensions. Les autres indicateurs, chaque trimestre et toujours en fin de saison.

Quand ai-je besoin d’un plan de viabilité ?

Lorsque les pertes sont récurrentes, que le fonds de roulement est négatif, que des difficultés de trésorerie sont prévisibles ou qu’une banque le demande. Plus il est préparé tôt, plus l’entreprise a d’options.

Un plan de viabilité évite-t-il la procédure d’insolvabilité ?

Il ne le garantit pas. Il permet de savoir si l’entreprise est viable et avec quelles mesures, et il sert de base pour négocier avec les créanciers ou pour recourir aux instruments préalables à l’insolvabilité prévus par la loi sur l’insolvabilité.

Que se passe-t-il si les capitaux propres tombent en dessous de la moitié du capital ?

C’est une cause légale de dissolution qui oblige les administrateurs à agir dans les délais, par exemple en convoquant l’assemblée générale pour rétablir l’équilibre patrimonial. Il est conseillé de consulter un conseiller juridique dès que la situation est détectée.

Sources officielles

Si votre entreprise de la chaussure ou des composants souhaite anticiper, nous pouvons vous aider à préparer un plan de viabilité fondé sur des hypothèses réalistes et vérifiables. Nous sommes auditeurs à Alicante et nous connaissons le tissu industriel du Vinalopó et du Baix Vinalopó. Contactez-nous.

Article rédigé par l’équipe technique de Controlaudit. Mis à jour le 08/10/2026. Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace pas un conseil professionnel adapté à votre situation.

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